Les problèmes à résoudre au niveau des
agriculteurs
La gestion des exploitations a toujours été
complexe : les interactions entre les systèmes de production, le climat, les
marchés, les réglementations, les ressources humaines disponibles font du métier
d'agriculteur l'un des plus difficiles que l'on puisse
trouver.
Depuis le début des années 90, l'incertitude
sur les prix et même sur la mise en marché des produits a augmenté les risques à
affronter pour le chef d'entreprise agricole.
Enfin, la gestion d'une entreprise familiale
pose toujours le problème de l'interaction entre le fonctionnement de
l'entreprise elle-même, et la gestion du patrimoine familial dont l'exploitation
et le foncier sont souvent des éléments très importants.
Toutes ces réalités rendent de plus en plus
difficile le diagnostic sur les points forts et les points faibles de
l'exploitation.
Il est encore plus délicat d'aider le chef
d'exploitation à prévoir l'avenir et à anticiper les risques.
Les outils actuels
Les approches marges brutes / charges de
structure, soldes de gestion / tableau de financement, sont anciennes, bien
connues, maîtrisées par les agents qui accompagnent l'agriculteur au cours des
missions de conseil des centres de gestion.
Elles présentent néanmoins certains
inconvénients:
-
Retraitant les données comptables, les résultats de gestion ne sont pas
facilement accessibles à une majorité d'agriculteurs,
- En
croyant bien faire, les responsables des fiches de gestion ont multiplié les
feuilles, les tableaux de chiffres et les critères d'analyse; il est souvent
difficile de faire la différence entre le principal et
l'accessoire,
- La
liaison entre les causes et les conséquences n'est pas facile à mettre en œuvre, surtout
pour des conseillers qui sont de plus en plus soumis à la pression du
temps.
La méthode des flux
Ces considérations ont conduit certains
conseillers à utiliser une méthode qui corrige les principaux défauts des
approches classiques.
La mise en œuvre de la méthode, simple après
une formation de base, permet, entre autres choses, de développer des logiques
d'auto-diagnostic pour les agriculteurs ; elle permet également à des comptables
d'entrer facilement dans des démarches de gestion en prolongement du travail
comptable et fiscal.
Les bases de la méthode des
flux
La recherche des raisonnements fondamentaux
:
- L’entreprise doit créer grâce à son métier
de la richesse (la Valeur Ajoutée)
- L’entreprise doit être rentable (l'Excédent
Brut d'Exploitation - la Rémunération du Travail de
l'Exploitant)
- La rentabilité doit être disponible
(l'Excédent de Trésorerie d'Exploitation)
- La banque ne doit être qu’un régulateur (
le Solde Financier)
- L’analyse des flux doit être pluriannuelle (au moins trois
ans)
A partir d'un tableau unique qui regroupe les
Soldes de Gestion et le Tableau de Financement, il s'agit d'étudier le
passé et le présent pour prendre les décisions qui organiseront l’avenir.
La phase de
diagnostic
Le tableau est utilisé ligne par ligne,
l'analyse de la tendance d'évolution des chiffres étant au moins aussi
importante que les chiffres eux-mêmes.
Pour la partie technico-économique, il est
possible de faire appel aux ratios classiques (EBE/Produit par
exemple).
Les 4 niveaux d’analyse :
1) Analyse de la Performance :
comparaison produit / marge brute / valeur ajoutée / EBE ;
2) Analyse d'un premier niveau de
Rentabilité : EBE - revenu du travail (soit l’EBE corrigé) ; (le revenu du travail étant au moins égal aux
prélèvements incontournables pour la famille)
3) Analyse du Disponible (Excédent de
trésorerie d‘exploitation) : ce qui reste après la variation du besoin de fonds
de roulement ;
4) Analyse de l'Utilisation du disponible
:
- Pour
l'Investissement
- Pour la Banque (variation des
encours LMT et CT + résultat financier)
- Pour une Epargne complémentaire hors
exploitation.
Les questions de fonds trouvent naturellement
des réponses :
- Mon
exploitation crée-t-elle assez de richesse pour payer ses charges, rémunérer le
chef d'entreprise, assurer la couverture de l'évolution des besoins de
trésorerie, assurer au moins le renouvellement de l'appareil de production
?
- Je
travaille avec mon argent ou celui de la banque ?
-
Quelle est ma politique d’épargne hors exploitation ? (lien avec la
gestion de patrimoine)
Ainsi, dans l'exemple joint, sans l'épargne
sur 4 ans de 215 000 F, l'entreprise aurait pu autofinancer ses investissements
et n'utiliser qu'une régulation financière à court terme. Toutefois, cette
analyse ne règle pas tout, il faut aussi introduire l’incidence de
l'optimisation sociale et fiscale.
Quelques commentaires complémentaires
(partiels) sur le tableau joint en exemple :
- L’examen sur 4 ans des premières lignes du
tableau fait apparaître les évolutions des indicateurs : produits en hausse,
mais marge, valeur ajoutée et EBE en baisse. L’efficacité globale de
l’exploitation a baissé entre le début et la fin de la période. En effet, l’EBE
sur Produit passe de 31 % en 1997 à 22 % en 2000. L’augmentation continue des
charges opérationnelles en est la cause principale ; cela sera plus facile à
corriger qu'une dérive au niveau des charges de structure.
- Le passage de l’EBE corrigé (574 000 F) à
l’excédent de trésorerie d’exploitation (593 000 F) montre que le besoin de
fonds de roulement a plutôt tendance à baisser. Il y a donc une légère création
de liquidité (+ 19 000 F), essentiellement par l'effet de l’augmentation des
dettes d’exploitation.
- Le DAFIC (disponible après financement de
la croissance) s’élève à 232 000 Francs en cumulé sur 4 ans. L’entreprise ayant
investi régulièrement, on peut en conclure qu’elle dégage assez de liquidités
pour maintenir la capacité de son appareil de production, malgré la baisse de
performance évoquée précédemment. En effet, le DAFIC doit être positif en
situation de croisière.
- Dans l’analyse du solde financier se
retrouve l’augmentation de l’encours long et moyen terme (+ 87 000 F). On a vu
plus haut que cette politique d’emprunt est plus liée à celle des prélèvements
totaux de l’exploitant qu’à la régulation bancaire globale de l’entreprise
(trésorerie + investissement). Il est probable que l’optimisation sociale et
fiscale conditionne une partie de cette stratégie.
Globalement l’entreprise est saine, même si
son efficacité diminue. Pour retrouver de l’EBE, il conviendrait de travailler
sur les charges opérationnelles.
Il faut noter que cette analyse ne constitue
qu’un diagnostic rapide sans connaissance préalable de
l’exploitation.
Phase de prévision
Après un calcul de rentabilité des capitaux
investis (non présenté dans cet article car il faut un retraitement du bilan
dans la logique des flux), une analyse des risques est menée.
En s'appuyant sur l'analyse des risques dans
les quatre années étudiées à l'occasion du diagnostic, on indique si les risques
de l'entreprise se situent;
- Dans
le court terme (moins d'un an)
- Dans
le moyen terme (1 à 3ans)
- Dans
le long terme (plus de 3 ans)
Des calculs simples issus du calcul de
rentabilité permettent de calculer:
- Les
besoins d'EBE minimum ;
- Le
montant des prélèvements possibles ;
- Le
montant des investissements possibles / souhaitables ;
-
L'appel à l'emprunt possible / souhaitable ;
- Les
capacités d'épargne.
Il est souhaitable de simuler plusieurs EBE
prévisionnels pour affiner l'analyse prévisionnelle. En utilisant la structure
du tableau des flux tel qu'il est présenté dans l'exemple, on peut faire une
prévision complète des flux de trésorerie.
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AVANTAGES ET INCONVENIENTS DE LA
METHODE
AVANTAGES
Elle est facile d'accès pour les agriculteurs
qui raisonnent spontanément en "trésorerie".
La méthode permet de ne travailler que sur un
nombre très faible de documents : un seul tableau reprend les soldes
intermédiaires de gestion et les données du tableau de
financement.
C'est le même tableau qui permet le travail
de diagnostic et le travail prévisionnel.
Avec le tableau de flux, les approches
globale, de synthèse et prévisionnelle s'enchaînent
facilement.
Elle est très adaptée à des comptables qui
veulent développer leurs interventions en conseil : ils travaillent avec leurs
chiffres habituels.
INCONVENIENTS
Pour ceux qui font déjà du conseil, il faut
apprendre un nouvel outil, changer de réflexes, se créer de nouvelles
références.
L'approche flux doit se faire, surtout au
début, de manière autonome par rapport aux approches
classiques.
L'apprentissage demande au début un grand
respect de l'outil et de la méthode. Ce n'est qu'après cette phase
d'apprentissage que l'on pourra prendre des libertés avec les raisonnements de
base et s'approprier la méthode. Sans cette discipline, la tentation sera grande
de faire des flux un complément à une approche plus classique. Cela sera vite
perçu comme une lourdeur de plus qui "n'apporte pas grand
chose".
EXEMPLE DE TABLEAU DE FLUX
PLURIANNUEL |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
CUMUL |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
|
PRODUCTION |
4 503
000 |
1065000 |
1073000 |
1235000 |
1130000 |
|
- Charges
opérationnelles |
1 742
000 |
402000 |
410000 |
460000 |
470000 |
|
MARGE BRUTE |
2 761
000 |
663000 |
663000 |
775000 |
660000 |
|
- Autres Charges
externes |
714
000 |
126000 |
188000 |
220000 |
180000 |
|
VALEUR AJOUTEE hors fermage |
2 047
000 |
537000 |
475000 |
555000 |
480000 |
|
- Fermages et charges
locatives |
416 000 |
100000 |
102000 |
105000 |
109000 |
|
- Impôts et Taxes |
66 000 |
15000 |
19000 |
17000 |
15000 |
|
- Salaires et Charges
Sociales |
26 000 |
|
|
|
26000 |
|
- Cotisations de
l'exploitant |
322 000 |
84000 |
73000 |
79000 |
86000 |
|
+ Indemnités et
subventions |
37 000 |
|
34000 |
1000 |
2000 |
|
Excédent Brut
d'Exploitation |
1 254
000 |
338000 |
315000 |
355000 |
246000 |
|
- Besoins privés
moyens |
680
000 |
170000 |
170000 |
170000 |
170000 |
|
E B E
corrigé |
574
000 |
168000 |
145000 |
185000 |
76000 |
|
- Augmentation des
stocks |
10 000 |
54000 |
-58000 |
1000 |
13000 |
|
- Augmentation des Créances
d'exploitation |
38 000 |
13000 |
44000 |
-54000 |
35000 |
|
+ Augmentation des Dettes
d'exploitation |
67 000 |
20000 |
19000 |
-9000 |
37000 |
|
Excédent de Trésorerie
d'Exploitation |
593
000 |
121000 |
178000 |
229000 |
65000 |
|
- Investissements
Bruts |
484 000 |
12000 |
286000 |
97000 |
89000 |
|
+ Cessions et
subventions |
123 000 |
|
8000 |
94000 |
21000 |
|
DAFIC |
232
000 |
109000 |
-100000 |
226000 |
-3000 |
|
|
|
|
|
|
|
|
+ Réalisation Emprunts
LMT |
344 000 |
|
62000 |
136000 |
146000 |
|
- Remboursement emprunts
LMT |
(257 000) |
-75000 |
-65000 |
-48000 |
-69000 |
|
Variation du CT
bancaire |
0 |
|
74000 |
-74000 |
|
|
Variation de
l'encours |
87
000 |
-75000 |
71000 |
14000 |
77000 |
|
- Frais financiers |
83 000 |
19000 |
16000 |
25000 |
23000 |
|
+ Produits Financiers |
3 000 |
750 |
750 |
750 |
750 |
|
SOLDE FINANCIER |
7
000 |
-93250 |
55750 |
-10250 |
54750 |
|
SOLDE DE GESTION |
239
000 |
15750 |
-44250 |
215750 |
51750 |
|
- Prélèvements privés
complémentaires |
(215 000) |
|
-85000 |
|
-130000 |
|
+ Apports privés
complémentaires |
0 |
|
|
|
|
|
+/- Flux
exceptionnels |
22 000 |
|
2000 |
12000 |
8000 |
|
VARIATION DU
DISPONIBLE |
46
000 |
15750 |
-127250 |
227750 |
-70250 |