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  7/11/2003
  Pourquoi choisir la méthode d'analyse par les flux ?


Les problèmes à résoudre au niveau des agriculteurs

La gestion des exploitations a toujours été complexe : les interactions entre les systèmes de production, le climat, les marchés, les réglementations, les ressources humaines disponibles font du métier d'agriculteur l'un des plus difficiles que l'on puisse trouver.

Depuis le début des années 90, l'incertitude sur les prix et même sur la mise en marché des produits a augmenté les risques à affronter pour le chef d'entreprise agricole.

Enfin, la gestion d'une entreprise familiale pose toujours le problème de l'interaction entre le fonctionnement de l'entreprise elle-même, et la gestion du patrimoine familial dont l'exploitation et le foncier sont souvent des éléments très importants.

Toutes ces réalités rendent de plus en plus difficile le diagnostic sur les points forts et les points faibles de l'exploitation.

Il est encore plus délicat d'aider le chef d'exploitation à prévoir l'avenir et à anticiper les risques.

Les outils actuels

Les approches marges brutes / charges de structure, soldes de gestion / tableau de financement, sont anciennes, bien connues, maîtrisées par les agents qui accompagnent l'agriculteur au cours des missions de conseil des centres de gestion.

Elles présentent néanmoins certains inconvénients:

- Retraitant les données comptables, les résultats de gestion ne sont pas facilement accessibles à une majorité d'agriculteurs,

- En croyant bien faire, les responsables des fiches de gestion ont multiplié les feuilles, les tableaux de chiffres et les critères d'analyse; il est souvent difficile de faire la différence entre le principal et l'accessoire,

- La liaison entre les causes et les conséquences n'est  pas facile à mettre en œuvre, surtout pour des conseillers qui sont de plus en plus soumis à la pression du temps.

La méthode des flux

Ces considérations ont conduit certains conseillers à utiliser une méthode qui corrige les principaux défauts des approches classiques.

La mise en œuvre de la méthode, simple après une formation de base, permet, entre autres choses, de développer des logiques d'auto-diagnostic pour les agriculteurs ; elle permet également à des comptables d'entrer facilement dans des démarches de gestion en prolongement du travail comptable et fiscal.

Les bases de la méthode des flux

La recherche des raisonnements fondamentaux :

- L’entreprise doit créer grâce à son métier de la richesse (la Valeur Ajoutée)

- L’entreprise doit être rentable (l'Excédent Brut d'Exploitation - la Rémunération du Travail de l'Exploitant)

- La rentabilité doit être disponible (l'Excédent de Trésorerie d'Exploitation)

- La banque ne doit être qu’un régulateur ( le Solde Financier)

- L’analyse  des  flux  doit  être pluriannuelle (au moins trois ans)

A partir d'un tableau unique qui regroupe les Soldes de Gestion et le Tableau de Financement, il s'agit d'étudier  le  passé et  le  présent pour  prendre  les  décisions qui  organiseront  l’avenir.

La phase de diagnostic

Le tableau est utilisé ligne par ligne, l'analyse de la tendance d'évolution des chiffres étant au moins aussi importante que les chiffres eux-mêmes.

Pour la partie technico-économique, il est possible de faire appel aux ratios classiques (EBE/Produit par exemple).

Les 4 niveaux d’analyse :

1) Analyse de la Performance : comparaison produit / marge brute / valeur ajoutée / EBE ;

2) Analyse d'un premier niveau de Rentabilité : EBE - revenu du travail (soit l’EBE corrigé) ; (le revenu du travail étant au moins égal aux prélèvements incontournables pour la famille)

3) Analyse du Disponible (Excédent de trésorerie d‘exploitation) : ce qui reste après la variation du besoin de fonds de roulement ;

4) Analyse de l'Utilisation du disponible :

- Pour l'Investissement

- Pour la Banque (variation des encours LMT et CT + résultat financier)

- Pour une Epargne complémentaire hors exploitation.

Les questions de fonds trouvent naturellement des réponses :

- Mon exploitation crée-t-elle assez de richesse pour payer ses charges, rémunérer le chef d'entreprise, assurer la couverture de l'évolution des besoins de trésorerie, assurer au moins le renouvellement de l'appareil de production ?

- Je travaille avec mon argent ou celui de la banque ?

- Quelle est ma politique d’épargne hors exploitation ? (lien avec la gestion de patrimoine)

Ainsi, dans l'exemple joint, sans l'épargne sur 4 ans de 215 000 F, l'entreprise aurait pu autofinancer ses investissements et n'utiliser qu'une régulation financière à court terme. Toutefois, cette analyse ne règle pas tout, il faut aussi introduire l’incidence de l'optimisation sociale et fiscale.

Quelques commentaires complémentaires (partiels) sur le tableau joint en exemple :

- L’examen sur 4 ans des premières lignes du tableau fait apparaître les évolutions des indicateurs : produits en hausse, mais marge, valeur ajoutée et EBE en baisse. L’efficacité globale de l’exploitation a baissé entre le début et la fin de la période. En effet, l’EBE sur Produit passe de 31 % en 1997 à 22 % en 2000. L’augmentation continue des charges opérationnelles en est la cause principale ; cela sera plus facile à corriger qu'une dérive au niveau des charges de structure.

- Le passage de l’EBE corrigé (574 000 F) à l’excédent de trésorerie d’exploitation (593 000 F) montre que le besoin de fonds de roulement a plutôt tendance à baisser. Il y a donc une légère création de liquidité (+ 19 000 F), essentiellement par l'effet de l’augmentation des dettes d’exploitation.

- Le DAFIC (disponible après financement de la croissance) s’élève à 232 000 Francs en cumulé sur 4 ans. L’entreprise ayant investi régulièrement, on peut en conclure qu’elle dégage assez de liquidités pour maintenir la capacité de son appareil de production, malgré la baisse de performance évoquée précédemment. En effet, le DAFIC doit être positif en situation de croisière.

- Dans l’analyse du solde financier se retrouve l’augmentation de l’encours long et moyen terme (+ 87 000 F). On a vu plus haut que cette politique d’emprunt est plus liée à celle des prélèvements totaux de l’exploitant qu’à la régulation bancaire globale de l’entreprise (trésorerie + investissement). Il est probable que l’optimisation sociale et fiscale conditionne une partie de cette stratégie. 

Globalement l’entreprise est saine, même si son efficacité diminue. Pour retrouver de l’EBE, il conviendrait de travailler sur les charges opérationnelles.

Il faut noter que cette analyse ne constitue qu’un diagnostic rapide sans connaissance préalable de l’exploitation.

Phase de prévision

Après un calcul de rentabilité des capitaux investis (non présenté dans cet article car il faut un retraitement du bilan dans la logique des flux), une analyse des risques est menée.

En s'appuyant sur l'analyse des risques dans les quatre années étudiées à l'occasion du diagnostic, on indique si les risques de l'entreprise se situent;

- Dans le court terme (moins d'un an)

- Dans le moyen terme (1 à 3ans)

- Dans le long terme (plus de 3 ans)

Des calculs simples issus du calcul de rentabilité permettent de calculer:

- Les besoins d'EBE minimum ;

- Le montant des prélèvements possibles ;

- Le montant des investissements possibles / souhaitables ;

- L'appel à l'emprunt possible / souhaitable ;

- Les capacités d'épargne.

Il est souhaitable de simuler plusieurs EBE prévisionnels pour affiner l'analyse prévisionnelle. En utilisant la structure du tableau des flux tel qu'il est présenté dans l'exemple, on peut faire une prévision complète des flux de trésorerie.

_____________________________________________________________

AVANTAGES ET INCONVENIENTS DE LA METHODE

AVANTAGES

Elle est facile d'accès pour les agriculteurs qui raisonnent spontanément en "trésorerie".

La méthode permet de ne travailler que sur un nombre très faible de documents : un seul tableau reprend les soldes intermédiaires de gestion et les données du tableau de financement.

C'est le même tableau qui permet le travail de diagnostic et le travail prévisionnel.

Avec le tableau de flux, les approches globale, de synthèse et prévisionnelle s'enchaînent facilement.

Elle est très adaptée à des comptables qui veulent développer leurs interventions en conseil : ils travaillent avec leurs chiffres habituels.

INCONVENIENTS

Pour ceux qui font déjà du conseil, il faut apprendre un nouvel outil, changer de réflexes, se créer de nouvelles références.

L'approche flux doit se faire, surtout au début, de manière autonome par rapport aux approches classiques.

L'apprentissage demande au début un grand respect de l'outil et de la méthode. Ce n'est qu'après cette phase d'apprentissage que l'on pourra prendre des libertés avec les raisonnements de base et s'approprier la méthode. Sans cette discipline, la tentation sera grande de faire des flux un complément à une approche plus classique. Cela sera vite perçu comme une lourdeur de plus qui "n'apporte pas grand chose".

EXEMPLE DE TABLEAU DE FLUX PLURIANNUEL

 

 

 

 

 CUMUL

1997

1998

1999

2000

PRODUCTION

4 503 000 

1065000 

1073000 

1235000 

1130000 

 - Charges opérationnelles

1 742 000 

402000 

410000 

460000 

470000 

MARGE BRUTE

2 761 000 

663000 

663000 

775000 

660000 

 - Autres Charges externes

714 000 

126000 

188000 

220000 

180000 

VALEUR AJOUTEE hors fermage

2 047 000 

537000 

475000 

555000 

480000 

 - Fermages et charges locatives

416 000 

100000 

102000 

105000 

109000 

 - Impôts et Taxes

66 000 

15000 

19000 

17000 

15000 

 - Salaires et Charges Sociales

26 000 

 

 

 

26000 

 - Cotisations de l'exploitant

322 000 

84000 

73000 

79000 

86000 

 + Indemnités et subventions

37 000 

 

34000 

1000 

2000 

Excédent Brut d'Exploitation

1 254 000 

338000 

315000 

355000 

246000 

 - Besoins privés moyens

680 000 

170000 

170000 

170000 

170000 

E B E corrigé

574 000 

168000 

145000 

185000 

76000 

 - Augmentation des stocks

10 000 

54000 

-58000 

1000 

13000 

 - Augmentation des Créances d'exploitation

38 000 

13000 

44000 

-54000 

35000 

 + Augmentation des Dettes d'exploitation

67 000 

20000 

19000 

-9000 

37000 

Excédent de Trésorerie d'Exploitation 

593 000 

121000 

178000 

229000 

65000 

 - Investissements Bruts

484 000 

12000 

286000 

97000 

89000 

 + Cessions et subventions

123 000 

 

8000 

94000 

21000 

DAFIC

232 000 

109000 

-100000 

226000 

-3000 

 

 

 

 

 

 

 + Réalisation Emprunts LMT

344 000 

 

62000 

136000 

146000 

 - Remboursement emprunts LMT

(257 000)

-75000 

-65000 

-48000 

-69000 

 Variation du CT bancaire

74000 

-74000 

 

Variation de l'encours

87 000 

-75000 

71000 

14000 

77000 

 - Frais financiers

83 000 

19000 

16000 

25000 

23000 

 + Produits Financiers

3 000 

750 

750 

750 

750 

SOLDE FINANCIER

7 000 

-93250 

55750 

-10250 

54750 

SOLDE DE GESTION

239 000 

15750 

-44250 

215750 

51750 

 - Prélèvements privés complémentaires

(215 000)

 

-85000 

-130000 

+ Apports privés complémentaires

 

 

 

 

+/- Flux exceptionnels

22 000 

2000 

12000 

8000 

VARIATION DU DISPONIBLE

46 000 

15750 

-127250 

227750 

-70250 

 


Auteur : P. HURTAULT, Directeur AGRICOMPTA - H. NORET, Consultant ION +

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