Entre époux la tentation peut être
grande d'organiser une vente pour permettre à l'un des époux de s'installer en
société par exemple, de fixer un prix moindre ou de prévoir des modalités de
règlement particulières pour "avantager le conjoint".
Prohibée pendant très longtemps,
la vente entre époux a été reconnue par la Loi du 23 décembre 1985.
Malgré cette reconnaissance, ce
type d'opération reste très rare tant les risques de contentieux fiscaux et
civils sont grands. De plus, pour être valable, elle est soumise à de
nombreuses contraintes qui rendent
cette opération très délicate.
La vente entre époux : avant tout une
vente.
Elle doit donc respecter les
conditions de validité nécessaire à tout acte de
vente.
Le prix doit être réel et sérieux,
c'est-à-dire qu’il ne doit pas être dérisoire et doit correspondre à une valeur
vénale non contestable. De plus, le versement doit être effectif ; il peut
consister en un versement d'une rente ou d'un
capital.
Une vente dont le prix serait payé
avec des fonds provenant de deniers communs d'un compte joint ou comprenant une
obligation de soins au vendeur, ne répondrait pas aux conditions de validité
d’un telle opération.
Conditions
supplémentaires en cas de vente entre époux.
Les époux mariés sous un
régime de séparation de biens peuvent procéder à une vente entre eux à condition
que les fonds utilisés par l'époux acheteur soient des fonds propres. Une
Réponse Ministérielle du 5 janvier 1987 énonce que l'acte d'achat doit relater
l'origine des deniers servant à payer l'acquisition ainsi que l'emploi qu'en
fera l'époux.
A l'inverse, des époux mariés sous un
régime de communauté ne peuvent conclure de tels actes s'ils ont pour effet de
transférer un bien commun à un patrimoine propre ou un bien propre à la
communauté.
Le seul acte de vente envisageable
est celui qui permettrait de faire passer un bien d’un patrimoine propre d’un
des époux au patrimoine propre de l’autre époux. Cette vente devrait, dans ce
cas, faire l’objet simultanément d’une formalité d’emploi ou de
remploi.
Dans tous les cas, l'origine des
deniers permettant le financement du bien ne doit faire aucun doute et tous
justificatifs devront être apportés.
Des contestataires nombreux.
En l'absence de respect de
ces conditions, des contestations peuvent venir de l'autre
époux,
des héritiers des époux, du fisc, des
créanciers du conjoint, qui invoqueront la fraude des époux pour obtenir
l'annulation de la vente.
Les conséquences sont lourdes
et peuvent aller du redressement fiscal pour insuffisance de prix, à la
requalification de la vente en donation déguisée ou indirecte, à l'action en
rescision pour lésion ou en annulation pour inexistence de prix…
De plus, comme tout acte entre époux
susceptible d'entraîner une altération du régime matrimonial qu'ils ont choisi
au départ, la sécurité de l'acte ne sera entière que s'il est rédigé
en la forme authentique.
En conclusion, la vente entre
époux, a pour conséquence une modification indirecte du régime matrimonial dans
la mesure où cela peut entraîner une redistribution définitive des rapports
patrimoniaux des époux.
Il est donc impératif de procéder
à une réflexion approfondie de la
situation avant tout engagement.
Les époux sont libres d'acheter et de
vendre entre eux, mais cette liberté est soumise à beaucoup de
contraintes !